Dauriat and the power of a good or bad review

by Kelvin Smith

Un autre fait expliquera cette puissance des articles. Un livre de monsieur de Châteaubriand sur le dernier des Stuarts était dans un magasin à l’état de rossignol. Un seul article écrit par un jeune homme dans le Journal des Débats fit vendre ce livre en une semaine. Par un temps où, pour lire un livre, il fallait l’acheter et non le louer, on débitait dix mille exemplaires de certains ouvrages libéraux vantés par toutes les feuilles de l’opposition ; mais aussi la contrefaçon belge n’existait pas encore. Les attaques préparatoires des amis de Lucien et son article avaient la vertu d’arrêter la vente du livre de Nathan. Nathan ne souffrait que dans son amour-propre, il n’avait rien à perdre, il était payé ; mais Dauriat pouvait perdre trente mille francs. En effet, le commerce de la librairie dite de nouveautés se résume dans ce théorème commercial : une rame de papier blanc vaut quinze francs ; imprimée, elle vaut, selon le succès, ou cent sous ou cent écus. Un article pour ou contre, dans ce temps-là, décidait souvent cette question financière. Dauriat, qui avait cinq cents rames à vendre, accourait donc pour capituler avec Lucien. De sultan, le libraire devenait esclave.

Honoré de Balzac, Scènes de la vie de province: illusions perdues, 1837-1843